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La protection fonctionnelle des agents publics

Aucun texte n'impose de délai pour demander la protection fonctionnelle. La Direction générale de l'administration et de la fonction publique (DGAFP) conseille pourtant de la demander en même temps que le dépôt de plainte, ou dès qu'on apprend le déclenchement de poursuites, pour ne pas avancer les frais d'avocat. Le dispositif ne se déclenche que par une demande écrite de l'agent, sauf risque manifeste et grave dont l'administration a connaissance.

Qui y a droit, et dans quels cas

D'après la fiche de service-public.gouv.fr vérifiée le 6 février 2026, tout agent public, fonctionnaire ou contractuel, peut bénéficier de la protection de son administration employeur. Un ancien agent peut aussi la demander à l'administration qui l'employait à la date des faits. La brochure de la DGAFP (mars 2024) élargit la liste aux élèves fonctionnaires, stagiaires, magistrats, militaires, vacataires, ouvriers d'État, et cite aussi les collaborateurs occasionnels du service public. Les apprentis relèvent d'une protection équivalente prévue par le code du travail.

Deux situations ouvrent le droit :

  • l'agent est victime d'une agression dans le cadre de ses fonctions : violences, harcèlement, menaces, injures, diffamation, outrage, la liste n'étant pas limitative. L'agression peut avoir lieu hors temps de travail si le lien avec les fonctions est établi. L'atteinte aux biens, par exemple un véhicule dégradé, peut aussi être couverte ;
  • l'agent est poursuivi en justice en raison de son activité professionnelle, devant une juridiction civile ou pénale. La protection joue aussi quand il est placé en garde à vue, entendu comme témoin assisté ou qu'une composition pénale lui est proposée pour des faits survenus dans le cadre de ses fonctions.

La protection peut s'étendre au conjoint, au partenaire de Pacs ou au concubin, aux enfants et aux ascendants directs en cas d'atteintes volontaires à leur intégrité du fait des fonctions de l'agent. Un risque avéré d'atteinte volontaire à l'intégrité physique ou à la vie de l'agent en raison de sa qualité d'agent public suffit, selon service-public.gouv.fr, sans qu'il y ait déjà eu d'attaque.

La faute personnelle, principale limite

La protection est refusée si l'agent a commis une faute personnelle. Service-public.gouv.fr donne des exemples : un acte commis hors du temps et du lieu de travail, une faute particulièrement grave et inexcusable comme des violences sur le lieu de travail, un acte accompli pour un intérêt personnel matériel ou psychologique (détournement de fonds, attestation de complaisance), ou une faute caractérisée, comme conduire un véhicule privé en état d'ivresse pour transporter un malade. La brochure de la DGAFP distingue la faute de service (commise pendant le service, avec les moyens du service, sans caractère personnel) de la faute personnelle détachable. Elle précise qu'un crime commis sur le lieu de travail est toujours détachable du service. Le juge peut examiner ce caractère selon les circonstances.

La DGAFP écarte aussi les attaques sans lien avec les fonctions (un cambriolage ordinaire, sauf représailles liées à la qualité d'agent) et les infractions involontaires subies pendant le service, comme un accident de la circulation.

Ce que l'administration doit faire concrètement

Service-public.gouv.fr décrit quatre volets : prévention et protection, assistance juridique, réparation, et prise en charge des frais de procédure. L'employeur doit prévenir ou faire cesser les agressions et, s'il connaît un risque manifeste d'atteinte grave à l'intégrité physique, prendre sans délai des mesures d'urgence à titre conservatoire. La brochure de la DGAFP cite des exemples : changement de numéro ou d'adresse électronique professionnels, changement d'affectation, signalement aux forces de l'ordre, saisine du procureur au titre de l'article 40 du code de procédure pénale, signalement sur la plateforme PHAROS, enquête administrative pouvant mener à une procédure disciplinaire contre l'auteur s'il est agent public, droit de réponse de l'employeur en cas de diffamation sur les réseaux sociaux, autorisations d'absence pour les convocations judiciaires.

L'administration doit aussi réparer les préjudices économique, personnel, matériel, corporel et moral. Pour une faute de service, la responsabilité civile de l'agent ne peut pas être engagée ; si un tiers le poursuit et que la juridiction saisie n'a pas été déclarée incompétente, l'administration doit le couvrir des condamnations civiles prononcées contre lui. Elle peut ensuite se retourner contre l'auteur de l'agression pour récupérer les sommes versées.

La demande, pas à pas

  • Informer sans délai la hiérarchie des faits.
  • Adresser une demande écrite et motivée à l'administration qui employait l'agent à la date des faits, avec les preuves des faits et les documents qui montrent le lien avec les fonctions. À l'Éducation nationale, la demande passe par l'application Colibris, selon service-public.gouv.fr.
  • Choisir librement son avocat et communiquer son nom à l'administration. Elle peut conclure une convention fixant les honoraires pris en charge et les règle directement à l'avocat. Sans convention, elle rembourse sur factures acquittées, sans être tenue de payer un nombre d'heures manifestement excessif, précise la DGAFP.
  • Redemander la protection à chaque instance (première instance, appel, cassation), car son extension n'est pas automatique. L'administration vérifie aussi que l'action n'est pas manifestement vouée à l'échec, par exemple si les faits sont prescrits.

Refus, silence et retrait

En cas de refus, l'administration doit l'écrire, indiquer les motifs, les voies et délais de recours. Si elle ne répond pas dans les 2 mois suivant la réception de la demande, le silence vaut refus implicite. L'agent peut alors faire un recours gracieux ou hiérarchique, ou saisir le juge administratif dans les 2 mois suivant la naissance de la décision implicite ou la notification du refus, selon la DGAFP.

Une fois accordée, la protection est une décision créatrice de droits : elle ne peut pas être retirée rétroactivement plus de 4 mois après sa signature, même si une faute personnelle apparaît, sauf fraude. Elle peut en revanche être abrogée pour l'avenir si la faute personnelle est établie ou si les faits invoqués ne le sont pas. Les textes de référence sont les articles L134-1 à L134-12 et R134-1 à R134-9 du code général de la fonction publique.

Sources